Mon premier Vendée Globe
Pour paraphraser Jacques Prévert, nous pourrions dire que dans le sillage de Jean Le Cam, « nous avons fait un beau voyage... tout autour de la terre, tout autour de la mer ». Parti dans l'inconnu, Jean y découvrira une course à sa pleine mesure. Même si la pression de la course a pesé sur ses épaules, il en est ressorti convaincu que c'était là qu'il fallait être. Il y revient en 2008 et envisage déjà d'y être encore en 2012.
Au bout du compte, le Vendée Globe est une course qui sied particulièrement bien à Jean Le Cam.
Par sa dimension technique tout d'abord : partir sur le « Vendée » c'est imaginer un bateau, c'est le faire évoluer avec les architectes, c'est suivre sa construction depuis le moule de coque jusqu'aux dernières finitions...
Toute une chaîne de compétences dans laquelle Jean évolue comme un poisson dans l'eau.
Mais nous aurons l'occasion d'y revenir lors de la présentation du VM Matériaux nouveau.
Duel sans concession
Son Vendée Globe a démarré piano, comme bien souvent les courses de Jean.
Calé en troisième ou quatrième position, il n'aime rien tant que de se situer dans cette position du chasseur qui attend son heure.
Sa première opportunité, il la saisit au large des îles du Cap Vert, où au prix d'une option audacieuse le long des côtes africaines, il s'empare de la tête de la course.
Il ne va plus quitter les deux premières places jusqu'à l'arrivée.
Le duel que vont se livrer à distance Jean et Vincent Riou aiguisera les passions.
Stratégies météo, comparatifs de vitesse, prises de risque, les deux navigateurs se rendent coup pour coup.
Ils apprendront à se connaître pendant ce Vendée Globe et à se respecter très profondément. Mais, dans un premier temps, c'est la bagarre pour la première place qui est en cause : entre Vincent, qui choisit le plus souvent de masquer ses stratégies et ses éventuels doutes et Jean, qui se refuse à travestir ses humeurs, le public choisit très vite son camp.
Les vacations de Jean Le Cam sont attendues comme un bonbon qu'on s'offre à la sortie des classes.
Le duel se pimente de moments forts comme cette rencontre des deux bateaux bords à bords à l'entrée des Quarantièmes ou bien encore les réactions à l'opposé des deux navigateurs piégés par un champ d'icebergs dans le sud de la Nouvelle-Zélande.
Quand Vincent décidait de s'échapper du piège par le nord, Jean continuait et tentait de comprendre la formation des growlers au pied de ces mastodontes.
Il avouait du même coup ce mélange de crainte et de fascination qui le tenaillait...
Une autre dimension
Pour la première fois dans l'histoire du Vendée Globe, le vainqueur au Cap Horn n'allait pas être le même à l'arrivée.
Nanti d'un matelas confortable de 250 milles d'avance, il verra fondre son avance en vingt-quatre heures à peine, piégé par des calmes, sitôt le cap mythique franchi.
Dans son tableau arrière, Vincent Riou et Mike Golding cravachent pendant ce temps à plus de 17 nœuds et reviennent sur le leader.
La chance a tourné : placé sous le vent de ses deux adversaires, Jean Le Cam ne fera que subir durant tout l'Atlantique sud et ne pourra rien faire pour contrer la remontée de Vincent Riou.
La remontée jusqu'aux Sables d'Olonne en sera parfois profondément douloureuse.
A l'arrivée, c'est un Jean Le Cam déçu, mais en aucun cas malheureux qui se présente sur la ligne.
Son bateau est impeccable comme s'il revenait d'une sortie en baie et l'homme qui débarque sur les pontons de Port Olona, s'il n'a pas changé, a pris une autre dimension.
La faconde est toujours là, l'humour est à fleur de peau, mais une gravité nouvelle s'exprime.
Jean nous dit alors le bonheur que fut pour lui ce Vendée Globe, mais aussi la pression qu'impose le besoin du résultat.
Il raconte aussi ses jours de bonheur et ses instants de détresse.
A l'entendre, on imagine bien que ce tour du monde n'a rien d'une sinécure, mais on comprend aussi pourquoi il faut y retourner.
Il a aimé cette course passionnément ; elle le lui a bien rendu.
Il fallait que l'histoire continue...